fond hivernales du festival

La disparition du paysage De Jean-Philippe Toussaint

Date

ven 25 février 20h00

Lieu

Grand-Théâtre d'Angers

Heure

1h15

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Metteur en scène

Aurélien Bory

Distribution

Auteur Jean-Philippe Toussaint

Avec Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie Française

Mise en scène Aurélien Bory

 

Production Centre International de Créations Théâtrales – Théâtre des Bouffes du Nord. En coproduction avec les HIvernales du Festival d’Anjou.

Coproduction Compagnie 111 – Aurélien Bory ; Théâtre de la Cité – centre dramatique national Toulouse Occitanie ; TNB – Théâtre National de Bretagne ; Théâtre National du Luxembourg ; Théâtre Princesse Grace Monaco ; Les Hivernales du Festival d’Anjou ; La Coursive – Scène Nationale de La Rochelle.

Résumé

Un homme parle, réduit à l’immobilité en fauteuil après un attentat dont il a été victime dans un café. Il se souvient de la déflagration, puis tout s’est volatilisé, dispersé. Le voilà devant une fenêtre à Ostende, livré, condamné à ses pensées, ses souvenirs, ses observations minutieuses. Il aperçoit un chantier important en train de s’édifier : on construit apparemment un haut mur qui peu à peu envahit l’espace de la fenêtre, cache la vue, obscurcit et enferme la chambre où il est. Pensées et souvenirs s’obscurcissent à leur tour. La déflagration semble revenir.

Note d’intention

Une des premières choses que Denis Podalydès m’ait écrite à propos de La disparition du paysage de
Jean-Philippe Toussaint fût une question : s’agit-il de l’intrusion soudaine, violente du réel, dans ce qu’il y
a de plus profond en l’homme, sa pensée, son imaginaire, c’est-à-dire sa capacité à fabriquer des
représentations ?
Au moment où sous la déflagration, tout se fige, ce n’est pas la dernière image vue du réel qui s’impose
mais les pensées qui se fixent là où probablement vagabondait à cet instant son esprit. « Le dernier instant
visible de ma vie » du narrateur ne vient pas dans le texte de Toussaint de l’extérieur mais de l’intérieur.
Une pensée s’est figée à la manière d’une photographie, où le temps est suspendu, et où l’instant à peine
saisi est déjà passé, déjà mort. Dans La disparition du paysage, l’imaginaire se ferme comme l’obturateur
d’un appareil photo, ou le cache devant l’objectif. J’ai pensé que la boîte crânienne se confondait aussi
avec le boîtier d’un appareil photo.
En écoutant Denis me lire les premières pages et en me représentant ce texte porté au plateau, j’ai eu
recours immédiatement à la photographie car il est question de l’instant décisif, où le réel, extérieur,
balaie à la vitesse de la lumière, l’intérieur. Cela ne m’a d’ailleurs pas vraiment étonné que la seule image
que Jean-Philippe Toussaint ait envoyé à Denis Podalydès avec son texte fut une photographie, celle de
sa fenêtre à Ostende, dont il précise les dimensions, 3 par 5 mètres – informations utiles pour le
scénographe.
J’imagine derrière cette fenêtre décrite précisément par Toussaint, le déroulement horizontal d’une photo
qui ne cesserait de se transformer. Un paysage qui rappellerait le défilement si souvent évoqué par ceux
qui vivent une « near death experience ». Une grande toile imprimée qui se déroulerait, littéralement grâce
à deux rouleaux verticaux (rappelant les machines de Wagner déroulant une toile peinte). Les
photographies en format paysage défileraient tel un long travelling, sur rail – n’était-il pas dans un métro
au moment de l’explosion – et verraient alors la plage d’Ostende se transformer en ville de Tokyo puis en
Café Métropole de Bruxelles, puis en mur qui s’érige peu à peu.
Mais avec ce dispositif il ne s’agit pas seulement d’un paysage mais de sa disparition. Le spectacle
durera le temps du défilement, qui dépend de la longueur de la toile où est imprimée le paysage et de la
vitesse de défilement. Ce dispositif de déroulement est condamné à s’interrompre. Il compte le temps.
La disparition du paysage commence dans le texte avec un brouillard. Brouillard : phénomène
atmosphérique provoquant une diffusion intense de lumière mais aussi confusion dans la prise de
conscience ou le souvenir (Alain Rey, Dictionnaire historique).
Enfermer alors ces photographies, ce dispositif, dans un brouillard. Ajouter par ce brouillard des images
à l’image. Faire de ce brouillard celui de l’explosion mais aussi celui de l’engourdissement de l’esprit. Un
brouillard rend floue toute représentation. A la précision de l’observation succède une pensée brouillée.
La mort est ici d’abord la mort de l’imaginaire, l’extinction progressive non pas du réel mais de la dernière
représentation. A la physique du réel, que je m’attache toujours à rendre visible sur le plateau, se
substitue grâce au texte de Toussaint la physique de l’imaginaire. Ainsi dans une approche assez littérale
du titre, dont je tire toujours mon inspiration première, j’aimerais dérouler sur le plateau un paysage, et
littéralement le faire disparaître. Chercher en même temps l’éphémère et l’éternel. N’est-ce pas au
théâtre le dessein de toute tentative ?

Aurélien Bory

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